« Ce n’est pas de la bière » !?

Kriek, bière rouge, bière aux fruits. Quelle que soit la façon dont on les appelait, il y encore 10 ans, les bières aromatisées étaient le parent pauvre de la filière. Parent pauvre à double titre. Niveau qualité, ces produits aromatisés – sauf exception – étaient rarement au niveau. Niveau image, ensuite, ils étaient bien souvent mal considérés, voire déconsidérés. « Ce n’est pas de la bière », entendait-on souvent sur un ton dédaigneux, lancé par des quinquagénaires sûrs de leur Triple. Ainsi, sans le savoir, chaque amateur de bière se faisait-il le fervent parangon du désormais célèbre Reinheitsgebot, cet édit de pureté de la bière, édité en Allemagne en 1516, et réduisant la fabrication de la bière à ses quatre ingrédients fondamentaux : eau, malt, houblon, levure.

Et puis, est arrivée l’IPA ! Avec celle-ci, point d’entorse à la tradition : c’est le houblon qui apporte à la bière ses notes fruitées. Mais le virage était pris : le goût de fruit s’était acheté une vertu et la boîte de Pandore était ouverte. Désormais, le délicieux goût de fruits exotiques, de pêche ou d’agrumes, plaisir jadis solitaire et honteux, était avouable au grand jour ! Certes, l’amertume venait rappeler au buveur la réalité du produit, mais qu’importe, c’était toujours ça de pris !

Aujourd’hui, parcourez les stands des salons dédiés à la « craft », les rayonnages des caves ou les comptoirs des bars à bières : les bières aromatisées y sont devenues légion ! Mieux – ou pire – elles sont devenues les produits phares, et souvent les plus coûteux ! Bien sûr, ces bières ont évolué et nous sommes loin des simples bières à la cerise ou à la pêche d’antan. Imperial Stouts au caramel, aux fèves de cacao, à la noix de coco, Sours ales à la mangue ou à la framboise, Pale ales au thym… on retrouve tous les styles et tous les goûts, même les plus improbables. Et c’est souvent très bon ! Pour autant, qu’on est loin du simple goût de céréale fermentée, qui demeure l’ADN de la bière. Et pourtant, personne aujourd’hui n’oserait dire au brasseur de chez Sainte-Cru que sa Bloody Marine Imperial Sour framboise (10% alc.), « n’est pas de la bière » !

Au-delà du constat étonnant de ce retournement de tendance, cela pose une question plus profonde : au final, qu’est-ce que la bière ? Des ingrédients, un savoir-faire, une famille de goûts, la tendance du moment ? Un peu de tout cela ? Promis, nous y réfléchirons dans un prochain billet !

27 février 2020

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